Annesophie B.

https://www.instagram.com/annesophiebooks/?hl=fr

chroniqueuse littéraire à temps complet.

Plus fort qu'elle
19,90
18 octobre 2020

Belle surprise.

Le nouveau roman de Jacques Expert est une belle réussite.
Dès les deux premières pages, la couleur est annoncée, on sait clairement où l’on va. Ça finira forcément mal.
Mais à quel point ?
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Ne vous attendez pas à aimer sincèrement les protagonistes, parce que ça ne se produira pas.
Bien sûr, certains sont plus à plaindre que d’autres, mais tous, à un moment ou a un autre, consciemment ou non, on fait un choix qui les a conduit là.
Et là, c’est loin, très loin, dans la noirceur de certains humains.
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On retrouve l’empreinte journalistique de l’auteur, celle qui parvient à nous offrir tout à la fois un excellent polar et un très Bon compte-rendu de fait divers.
Parce que dans cette histoire, rien n’est exceptionnel. Trois, c’est toujours un de trop, on le sait. On trouve même de quoi se le rappeler tous les jours dans les journaux...
Trois c’est un de trop. Oui mais...
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Parce que si l’histoire est on ne peut plus banale (au sens humain du terme), la façon de la présenter change tout.
Et là dessus, vous pouvez compter sur Jacques Expert pour vous le prouver !
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Qui manipule qui ?
Pourquoi ?
Jusqu’où peut-on aller par amour ?
À quel point celui-ci nous rend-il aveugle ?
Et surtout, qui paiera, à la fin ?
Cette dernière question on se la pose pendant toute la durée de la lecture. Elle nous obnubile, littéralement.
Au jeu du plus fin, les gagnants et les perdants ne sont pas toujours ceux que l’on croit, ou ceux que l’on veut.
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Avec des chapitres qui alternent entre différentes temporalités, et sont parsemés de retranscriptions d’interrogatoires, le rythme est très rapidement addictif.
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En s’attaquant à ce sujet, l’auteur aurait pu se louper. Combien de thrillers ont déjà traité de pervers narcissiques ? Beaucoup.
Certains l’ont très bien fait, d’autres moins.
Jacques Expert fait, ici et avec ce roman, partie de la première catégorie.
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Cette rentrée littéraire nous a offert de jolies découvertes, tous genres confondus. Et au niveau du polar, celui-ci se place en excellente position.
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Alors laissez-vous tenter, et n’hésitez à découvrir ce nouveau titre, qui tient toutes ses promesses.
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À lire, et à apprécier.

Cinq doigts sous la neige

Saussey, Jacques

Cosmopolis

19,95
18 octobre 2020

Rendez-vous manqué.

Il y a des avis plus difficiles à écrire que d’autres, et ici c’est le cas pour moi.
J’aime énormément le style de Jacques Saussey et ce depuis des années.
Que ce soit avec sa série Marne/Heslin, ou avec ses one-shots, sa plume fait mouche à chaque fois.

En 2018, il avait encore atteint un niveau supplémentaire avec le one-shot « Enfermé.e ». Ce roman noir était (et reste, d’ailleurs), une petite merveille.
L’année dernière, c’est avec « Du Poison dans la Tête », que l’auteur nous amenait à retrouver Magne et Heslin pour une enquête passionnante, sur un sujet ô combien difficile, mais excellemment maîtrisé.

J’attendais donc, comme chaque année, son petit dernier impatiemment.
Et, à mon grand regret, ma rencontre avec cette nouvelle intrigue m’a laissée sur ma faim.

Ce n’est pas que j’ai trouvé l’histoire mauvaise, ou la plume moins bonne que d’habitude, non. C’est juste que l’intrigue m’a laissée de glace (sans jeu de mot).
Je n’ai réussi à n’apprécier ni le fond, ni la forme, ni, surtout, les personnages.
C’est là qu’a résidé mon principal problème durant toute cette lecture : un détachement total entre ce roman et moi, à tous les niveaux.

L’intrigue ne m’a pas emportée, et surtout aucune empathie (ou antipathie) ne s’est tissée entre les protagonistes et moi.
Connaissant le talent de Jacques Saussey pour créer des personnages profonds et inoubliables, j’avoue ne pas avoir reconnu sa « patte » si particulière.

Pourtant, tout y est, l’atmosphère, le décor, une enquête à plusieurs inconnues, des relations (familiales, amicales et amoureuses) complexes... Hélas, les ingrédients ont beau être là, la recette n’a pas du tout fonctionné sur moi.

Ça ne reste bien sûr qu’un avis purement personnel, et nombreux sont les lecteurs qui ont énormément apprécié ce thriller.

Pour ma part, même si ce nouveau titre ne me restera probablement pas longtemps en mémoire, j’attendrai le prochain avec autant d’impatience que les précédents, et le découvrirai avec plaisir.

En attendant, je ne peux que vous conseiller de vous faire votre propre opinion sur celui-ci, car chaque ressenti est personnel, et dépend très souvent du moment et de l’état d’esprit du lecteur à l’instant T.

De soleil et de sang

Loubry, Jérôme

Calmann-Lévy

19,90
10 octobre 2020

Du talent.

Une chose avant tout : pour apprécier De Soleil et De Sang à sa juste valeur (et il en a !), ne le commencez pas en pensant lire une deuxième version des Refuges.
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Oui, celui de l’année dernière était excellentissime. Oui, ça a été un des meilleurs thrillers de 2019. Aucun doute là-dessus.
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Mais, comme à son habitude, Jérôme Loubry nous propose cette année un nouveau roman totalement différent des précédents.
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Les lieux, l’ambiance, l’enquête, le message, le rythme : tout est différent.
Et c’est parfait comme ça.
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Il n’y a pas 36 façons de faire un bon thriller, et pourtant, l’auteur est parvenu, avec ses 4 thrillers, à nous proposer 4 histoires totalement différentes, en changeant à chaque fois absolument tout par rapport au roman précédent.
Ça s’appelle le talent, tout simplement.
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Si tout change à chaque histoire, certains aspects, eux, sont récurrents et sont un peu la « marque » de l’auteur : les enfants, les traumatismes violents, les conséquences sur des périodes plus ou moins longues et sur un certain nombre de protagonistes, et, toujours, ce monstre, tapi, qui nous rappelle les pires contes de notre enfance...
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Ce tout nouveau thriller présente donc lui aussi une intrigue passionnante, servie par des recherches poussées, et une multi temporalité toujours aussi efficace.
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Jérôme Loubry parvient chaque année à nous surprendre, toujours différent et pourtant toujours fidèle à ses thèmes favoris.
Grâce à une imagination débordante.
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Et, si cette année il parvient à nous interpeller encore plus que d’habitude, c’est parce qu’il arrive cette fois à faire fusionner une trame diabolique et des évènements réels traumatisants.
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Un rythme dingue, une histoire folle, des personnages troublants et des cauchemars assurés sont à portée de page, juste là...
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Alors, oui, il faut découvrir ce nouveau thriller, aucun doute. Tout en gardant l’esprit ouvert, et surtout entièrement vierge des précédents.
Pour en apprécier toutes ses qualités .
Pour se laisser porter.
Pour se laisser immerger.
Pour le laisser nous faire frissonner.
Et pour pouvoir pleinement le savourer.
En attendant impatiemment l’année prochaine...
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Dépêchez-vous, vous ne le regretterez pas !

Le monde des Abberley

Goddard, Robert

Sonatine éditions

23,00
8 octobre 2020

Du vrai polar britannique.

Le Monde des Abberley, le nouveau polar de Robert Goddard vient de paraître. Est-il vraiment nécessaire d’en dire plus ?
Peut-être que oui, quand même, ne serait-ce que pour les lecteurs qui ne le connaissent pas encore 😉
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Goddard est, à ce jour, l’un des meilleurs auteurs britanniques de polars.
Et avec Le Monde des Abberley, il nous en propose de nouveau un d’excellente facture.
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Beatrix Abberley, vieille dame apparemment sans histoires, est retrouvée assassinée chez elle un matin par sa femme de ménage.
Rapidement, sa nièce, Charlotte, son neveu, Maurice, et la Police se rendent compte que ses Tunbridge Ware (objets en marqueterie de valeur) ont été également dérobés.
Aussi lorsque les bibelots en question sont retrouvés chez Fairfaix, un antiquaire connu de la Police pour d’autres faits, sa culpabilité ne semble pas faire de doute.
Mais la vérité est-elle réellement aussi simple que ça ?
Le frère de Fairfaix, lui, décide de croire en son innocence, et se rapproche de la famille, afin de leur faire afin de tenter de découvrir la vérité.
La victime était-elle réellement la femme simple que l’on pense ?
Si oui, pourquoi sa meilleure amie réagit-elle de cette façon ?
Et, surtout, qu’est-ce qui se cache derrière toutes ces histoires familiales dont on a abreuvé Charlotte durant son enfance ?
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La nouvelle intrigue de Robert Goddard se situe cette fois dans les années 80, et, si j’ai personnellement une préférence pour ses intrigues se situant plus loin dans le temps, il parvient une fois de plus à recréer une atmosphère toute en finesse et sans fausse note.
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Avec ce gros pavé de près de 650, il prend son temps, comme il sait si bien le faire, pour installer son histoire et ses différents personnages.
Il excelle décidément dans le rôle de guide des méandres familiaux et des sombres secrets filiaux.
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Comme toujours avec cet auteur, on ressort de cette intrigue avec une sorte de nostalgie, qui nous maintiendrait bien quelques centaines de pages supplémentaires.
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C’est bien tourné, fin, intelligent et prenant.
Bref, un très bon polar britannique.
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À découvrir, ainsi que tous ses autres titres.

Beautiful boy
22,90
8 octobre 2020

Une belle parenthèse.

Envie de passer une année avec John Lennon ? Et pas n’importe laquelle, mais sa dernière année, 1980. Alors Beautiful Boy pourrait exaucer ce souhait.

Anton Winter, la vingtaine, est le fils de Buddy, ancien présentateur télé très aimé mais dépressif, et après avoir passé une année en mission humanitaire, le voilà de retour dans l’appartement familial.
Mais leur adresse n’est pas n’importe laquelle : ils habitent un très bel appartement dans le fameux Dakota Building, et leurs voisins sont Lauren Bacall, Rudolf Noureev, Jack Palace, ou encore John Lennon, et sa femme Yoko.
Pour Buddy, le retour de son fils est une bénédiction : car c’est grâce à lui, et surtout avec lui, qu’il compte reconquérir les plateaux télé.
Mais à tant entremêler leurs destinées, le rôle de père/fils semble bien souvent s’inverser...
Jusqu’où un enfant peut-il s’oublier lui-même pour le bien d’un de ses parents ?

Avec ce roman tout en délicatesse et en profondeur, Tom Barbash dissèque la relation, fusionnelle et parfois épuisante, d’un père et d’un fils.

Avec un rythme volontairement lent (mais jamais ennuyeux !), l’auteur nous raconte, par la voix d’Anton, les grands et les petits changements qui ont secoué New-York (et les Etats-Unis dans leur ensemble) durant cette année 1980.
Si la fin (tragique) est connue de tous, puisqu’elle fait partie de l’Histoire, les chemins de traverse qu’il nous fait prendre pour y parvenir sont aussi intéressants que passionnants.

En suivant la famille Winter, ainsi que leurs amis et voisins, on se surprend à apprendre certaines choses ignorées, et à s’en remémorer d’autres que nous avions apprises à une époque.
Et c’est ce qui fait tout le charme de ce roman, très bien ancré dans les eighties, et en même temps terriblement actuel.

Avec de très belles déclarations d’amour à la littérature et à la musique, Tom Barbash nous restitue une époque que beaucoup d’entre nous n’ont pas connue et qui nous rend portant nostalgiques.

Appuyée par des recherches approfondies, et servie par une plume délicate, cette histoire s’immisce doucement mais fermement dans l’esprit du lecteur, et offre une sorte de parenthèse enchantée que l’on ne quitte qu’à regrets.
À lire.